vendredi 28 août 2026

A LA DECOUVERTE DES VILLEGIATURES DES DAMES DE LA COUR DANS LE QUARTIER DE MONTREUIL A VERSAILLES.

Village indépendant au départ, Montreuil est devenu un quartier de Versailles en 1787. La présence d'une source va faciliter l'implantation sous Louis XV et Louis XVI de villégiatures de dames de la Cour , dont certaines membres de la famille royale.

                             * LA MAISON DITE DES MUSICIENS ITALIENS .

Elle est située au n° 15 de la rue Champ Lagarde.


Ici en effet vécurent de 1686 à 1748 les castrats de la Chapelle Royale. Mais dans un bâtiment antérieur à celui que nous y découvrons. En 1686, Antonio Bagniera, castrat italien de la chapelle du Roi, s'établit à Montreuil. Un ami musicien lui cède un pavillon de musique, qui sera agrandi par la suite. En 1708, il lègue sa propriété à 3 autres castrats italiens. A la mort du dernier d'entre eux, en 1748, un 5e castrat vend la propriété à la comtesse d'Argenson.


L'actuelle maison date en réalité de 1752: elle a été construite dans un style rocaille pour la comtesse d'Argenson, épouse du ministre de la guerre de Louis XV, par Jacques Hardouin Mansart, petit-fils de l'architecte de Louis XIV et est classée.


Elle servit à la comtesse d'Argenson, séparée de son mari, de "maison galante". Elle y abrita ses amours avec le marquis de Valfons (un mémorialiste du XVIIIe s).

Portrait de la comtesse d'Argenson par Nattier.

ENTRONS DANS LE JARDIN( dit DES MUSICIENS ITALIENS) :

Ce jardin, aujourd'hui de dimensions modestes, est ce qui reste de l'ancien parc, beaucoup plus vaste, de la maison dite des musiciens italiens.

LE PLAN:


Façade de la maison côté jardin.

En 1759, la maison est vendue à la comtesse de Marsan, (1710-1803) gouvernante des enfants royaux de 1754 à 1776 . Elle y vivra jusqu'en 1776. Née Marie - Louise de Rohan, elle devint veuve très tôt. Elle succède à son arrière grand mère et à sa tante comme gouvernante d'abord des enfants de Louis XV, qui ont déjà entre 17 et 26 ans (le roi a eu 8 filles et deux garçons , Louis de France, le dauphin, (père de Louis XVI , qui mourra de la tuberculose à 34 ans, et Philippe d'Anjou, mort prématurément à 3 ans). Par la suite, elle sera surtout chargée de l'éducation des petits enfants de Louis XV, à savoir le jeune Louis XVI ainsi que de ses frères , les futurs Louis XVIII et Charles X , et de leurs soeurs Madame Elisabeth et Madame Clotilde. Le futur Louis XVI n'appréciait guère Mme de Marsan, dont le préféré était le comte de Provence (futur Louis XVIII), pas plus que sa soeur Madame Elisabeth " fillette rebelle et colérique", alors qu'elle s'est fortement attachée à Clotilde. Elle mourra en exil à Ratisbonne en 1803.

La comtesse de Marsan.

Un imposant cèdre de l'atlas géant se profile de l'autre côté du parc. Il aurait été planté par Lemonnier (voir plus bas).


En 1776, la comtesse de Marsan revend la maison à son cher ami Louis Guillaume Lemonnier ( les mauvaises langues disent qu'ils avaient été amants), botaniste et médecin du roi. Il y vivra jusqu'en 1799.


Lemonnier y créa un jardin scientifique, haut lieu de la botanique française. Il planta des arbres, créa une serre où il fit pousser de nombreuses variétés de plantes. Le jardin fut démantelé au milieu du XIXes. Ce qu'il en reste est cependant classé. Il est à l'origine de la vocation horticole du village de Montreuil. La maison Truffaut a ses origines à Montreuil.
La ville acquit le site en 1978. La maison est aujourd'hui le siège des Compagnons du tour de France.

* La propriété de Mesdames filles de Louis XV.


Aux numéros 20/22 rue Champ Lagarde, Mesdames les filles de Louis XV (les filles de roi avaient un statut de dames dès la naissance, et non de demoiselles comme dans le reste de la noblesse), auraient habité cette maison. Mais à quelle époque exactement?  On sait que le roi a installé ses filles tardivement dans la partie nord du corps central du château de Versailles  en 1747 ( tardivement car elles étaient nées entre 1727 et 1736). Elles y disposaient d 'une dizaine de pièces. Les 4 cadettes ont été élevées à l'abbaye de Fontevraud et ne sont revenues à Versailles qu'en 1750. Donc elles ont peut-être habité là avant 1747 (du moins les aînées)? Je n'ai pas la réponse.

Les 4 filles aînées de Louis XV peintes par Nattier. Tableau des 4 éléments.
Elisabeth, duchesse de Parme (la terre), Henriette (le feu), Adélaïde(l'air), Victoire (l'eau).

Elisabeth, Madame première, a épousé l'infant d'Espagne, Marie Louise et Thérèse sont mortes prématurément, aucune des autres (Henriette morte à 25 ans, Adélaïde, Victoire, Sophie, Louise), ne s'est mariée. Louise, Madame dernière, est entrée dans les ordres. Elles ont joué un rôle important à la Cour: elles ont constitué un groupe d'influence en marquant leur hostilité aux maîtresses du Roi (notamment Mme de Pompadour qu'elles appelaient "maman putain"), ou en oeuvrant pour le rétablissement d'un certain ordre moral à la Cour. Elles essaient en vain d'avoir une influence politique sur Louis XVI à son avénement. Adélaîde et Victoire seules connaîtront la Révolution. Elles se retirent en 1789 au château de Bellevue à Meudon, puis elles fuient en Italie où elles décéderont.

*LE DOMAINE DE MADAME ELISABETH:
                                              (alias " domaine de Montreuil").
En 1783, Louis XVI achète le domaine à la famille de Rohan Guéméné (ruinée) pour sa jeune soeur Elisabeth âgée de 19 ans. C'est  Marie Antoinette, lors d'une promenade à Montreuil, qui apprend la bonne nouvelle à Elisabeth.


Une seigneurie était installée sur ce site dès le 12e siècle, une forteresse y avait été élevée en 1375. Charles VI cède Montreuil, intégré dans le domaine royal, à l'ordre des Célestins qui y installent une ferme.


 C'est la famille de Rohan Guéméné qui fait construire le château en1772, au milieu d'une propriété de 8 hectares. Il comprend un bâtiment central et deux ailes. En 1787-1789, le bâtiment sera rénové par l'architecte JJ Huvé (futur maire de Versailles) dans un style néoclassique. Il fait élever en pierre de taille un corps de logis à 2 niveaux. Il crée une chapelle, et un boudoir turc. La façade est ornée d'un peristyle à 4 colonnes. Le bâtiment sera encore transformé au XIXe siècle du temps de la famille Clausse (Charles Louis Clausse sera aussi maire de Versailles).

A LA DECOUVERTE DU PARC:
Il s'agissait d'un parc à l'anglaise  comportant grotte factice, cascade, pont... On y trouvait une laiterie et une vacherie. Qu'en est-il aujourd'hui?


Du côté nord, on découvre l'orangerie, qui sert aujourd'hui de salle d'exposition. Des sculptures modernes sont implantées dans le parc ici et là.

Une autre sculpture.

En gagnant l'est du parc, on découvre ce qui reste d'un théâtre de verdure.

Un peu plus loin, on s'engage dans un  original tunnel de verdure.

Et on découvre la grotte factice, toujours là.

Le parc est entouré d'un mur de clôture qui sert de terrasse. 

Y est aménagé un beau promenoir, planté de tilleuls...

...et  qui domine l'avenue de Paris créée par Louis XVI.

Redescendons dans le parc: on croise ici un modeste pavillon de chasse.

Et on longe bientôt une zone  comportant un verger, une zone d'éco-pâturage, et des ruches.

Madame Elisabeth (1764-1794).
Mme Elisabeth créera dans une pièce de la maison un dispensaire pour soigner les pauvres. C'est Louis Guillaume Lemonnier qui s'en occupera. Il cultivera aussi des plantes rares dans le potager.
Dévote, Madame Elisabeth ne se mariera pas. Elle aura une attitude intransigeante en politique: elle était opposée à toute idée de monarchie constitutionnelle, ou de constitution civile du clergé. Elle restera avec son frère Louis XVI jusqu'au bout: elle participera à la fuite à Varennes, sera emprisonnée avec la famille royale en 1792, et guillotinée en 1794.

En 1984, le domaine sera acheté par le département.
Le château a été vidé de tout son mobilier ancien. Une partie se trouve au Louvre.

* LE PARC CHAUCHARD,
ANCIEN DOMAINE DE LA COMTESSE DE PROVENCE :

La comtesse de Provence.
Née Marie Joséphine de Savoie, elle n'est autre que l'épouse du comte de Provence, futur Louis XVIII ( la comtesse ne sera jamais reine, elle mourra en exil 4 ans avant la Restauration). Plutôt laide, et peu appréciée à la Cour, elle la fuit en se réfugiant dans ce domaine, acheté en 1780  au prince de Montbarrey tombé en disgrâce, qui doit s'exiler à Besançon.

    Le domaine comporte un pavillon d'habitation (photo) , qu'elle fait transformer par CHALGRIN, 1er architecte du comte de Provence. Appelé par la suite "pavillon Madame", il est situé aujourd'hui 2 rue de l'école des postes, il est rattaché depuis 2013 au lycée privé Sainte Geneviève.  

                                     L'entrée monumentale du domaine au 111 avenue de  Paris.
                                                               
Un parc à l'anglaise est créé, de 12 hectares, qui comportera un rivière  avec 3 îles, et de nombreuses fabriques décoratives : chaumière, hameau, pavillon chinois, belvédère , temple de Diane... De quoi rivaliser avec Trianon! Tout sera détruit à la Révolution. Le domaine comportait aussi une laiterie.

Le pavillon de musique de la comtesse.

En 1784, elle fait construire par CHALGRIN un pavillon de musique, qui sera en fait un pavillon d'habitation bis, la comtesse trouvant trop exigu le pavillon Madame.

Le pavillon de musique aujourd'hui.

A la révolution le domaine est vendu comme bien national et séparé en 2 lots. Le pavillon de musique sera acheté  par un bijoutier qui l'agrandit en lui ajoutant 2 ailes comportant chacune 3 fenêtres , d'où l'aspect actuel. 

Décor de la salle à manger : une peinture en trompe l'oeil donne l'impression d'être au centre d'un petit temple du type temple de l'Amour (cf Trianon) avec un parc autour.

Le pavillon d'origine comportait deux salles octogonales en enfilade, plus deux petites pièces de chaque côté de la première. La 1e salle était une salle à manger, la 2e un salon de compagnie donnant à l'arrière sur le parc. Les 2 petites pièces de chaque côté de la salle  manger étaient la chambre à coucher de la comtesse et son boudoir. Un appartement de service était à l'entresol.

Décor du salon donnant sur le parc.

Au début du XIXe siècle, Alfred Chauchard, créateur des Grands Magasins du Louvre, devient propriétaire du domaine : il en fait don en 1902 à une société immobilière chargée de le diviser en  105 lots  attribués à ses employés les plus méritants. Le pavillon de musique reste là, au milieu des constructions. L'ensemble sera appelé "parc Chauchard". On accède au pavillon de musique par la rue Chauchard.
En 1960, il est acquis par un couple qui entreprend une restauration. La petite fille du couple y vit toujours. C'est donc une propriété privée. Un petit parc très clos s'étend à l'arrière du bâtiment.